L’éducation émotionnelle à l'école par l'improvisation théâtrale
- Cédric Hamonier

- 19 déc. 2025
- 5 min de lecture
L’école a pour mission première de transmettre des connaissances et de préparer les élèves à réussir académiquement. Pourtant, un aspect fondamental de l’éducation reste largement négligé : la formation à la vie émotionnelle et relationnelle. La construction de la personnalité, la gestion des émotions et la compréhension des autres sont des compétences essentielles pour grandir, mais elles ne font pas partie du programme scolaire officiel.
Or, les chiffres parlent d’eux-mêmes.
Selon un sondage OpinionWay de janvier 2025, 71 % des parents d’élèves et 65 % des enseignants estiment que la violence interpersonnelle a augmenté dans les établissements scolaires au cours des cinq dernières années. Harcèlement, conflits entre pairs et comportements agressifs se multiplient, alors que les jeunes manquent souvent d’outils pour comprendre leurs émotions et celles des autres.
Face à ce constat, comment préparer un enfant ou un adolescent à vivre dans une société complexe et exigeante sans lui donner les moyens d’identifier, exprimer et réguler ses émotions ? Comment espérer réduire les violences et améliorer le climat scolaire sans stimuler activement l’intelligence émotionnelle des élèves ?
La réponse pourrait se trouver dans une approche à la fois ludique et scientifique : le théâtre d’improvisation appliqué à l’école. Plutôt que de se limiter à des leçons théoriques sur les émotions, le théâtre d’improvisation propose des expériences vécues, des mises en situation et des exercices pratiques qui permettent aux élèves de développer des compétences sociales et émotionnelles de manière concrète et engageante.
L’importance de l’intelligence émotionnelle à l’école
L’intelligence émotionnelle, concept popularisé par Daniel Goleman en 1995, désigne la capacité à percevoir, comprendre et réguler ses propres émotions ainsi que celles des autres. Elle se compose de cinq dimensions : conscience de soi, maîtrise de soi, motivation, empathie et compétences sociales.
Plusieurs études ont démontré que les élèves dotés d’une intelligence émotionnelle élevée réussissent mieux académiquement et socialement. Par exemple, une méta-analyse de Durlak et al. (2011) a montré que les programmes d’éducation socio-émotionnelle améliorent significativement la réussite scolaire et réduisent les comportements agressifs.
Conséquences de son absence
Sans développement de l’intelligence émotionnelle, les jeunes peuvent éprouver des difficultés à gérer leurs frustrations, à résoudre les conflits de manière constructive, et à établir des relations saines avec leurs pairs. L’absence de ces compétences contribue directement à :
L’augmentation du harcèlement et des violences physiques ou verbales.
L’isolement social et le rejet entre élèves.
La détérioration du climat scolaire, qui impacte l’apprentissage de tous.
L’empathie comme facteur clé
L’empathie, ou capacité à se mettre à la place de l’autre et à comprendre ses émotions, est un pilier de l’intelligence émotionnelle. Elle réduit les comportements agressifs et favorise la coopération et le respect mutuel. Selon une étude de Cunningham et al. (2019), les interventions visant à développer l’empathie dès le primaire diminuent les incidents violents de manière significative.

Pourquoi le théâtre d’improvisation est un outil idéal et l’éducation émotionnelle à l'école par l'improvisation théâtrale est efficace ?
Le théâtre d’improvisation consiste à créer des scènes en temps réel, sans texte pré-écrit, en suivant des règles de jeu précises. Il repose sur plusieurs principes essentiels :
Écoute active : être attentif aux autres participants et à leurs propositions.
Spontanéité : réagir de manière immédiate et authentique aux situations présentées.
Rôle-playing : incarner successivement différents personnages, expériences et perspectives.
Bénéfices scientifiquement prouvés
De nombreuses études démontrent l’impact positif du théâtre d’improvisation sur les compétences émotionnelles et sociales des jeunes :
Confiance en soi : les élèves osent s’exprimer en public et surmonter la peur du jugement.
Empathie : en incarnant différents rôles, y compris celui d’un agresseur ou d’une victime, les élèves apprennent à comprendre les émotions d’autrui.
Communication : le jeu favorise l’écoute, la clarté d’expression et la coopération.
Gestion des émotions : les mises en situation permettent de reconnaître et réguler la colère, la peur ou la frustration.
Études de référence
Une étude majeure réalisée par Aix-Marseille Université en 2019 (« Violence interpersonnelle et empathie : prévention par une recherche-action en milieu scolaire ») a suivi des enseignants formés à animer des jeux de théâtre d’impro sur une année scolaire. Les séances hebdomadaires de 45 minutes ont montré que l’empathie augmentait significativement dans le groupe ayant suivi le dispositif, tandis que le groupe témoin ne présentait aucune amélioration notable.
D’autres recherches (Kerr et al., 2016 ; McDonald et al., 2018) confirment que les interventions basées sur le théâtre éducatif permettent de réduire les comportements agressifs et d’améliorer le climat scolaire sur le long terme.
« Apprendre à ressentir pleinement ses émotions, à comprendre celles des autres et à agir avec bienveillance, c’est préparer les élèves à la vie, pas seulement à l’école. »
Comparaison avec d’autres méthodes éducatives
Contrairement aux cours théoriques sur la gestion des émotions, le théâtre d’improvisation repose sur l’expérience vécue : les élèves ne se contentent pas d’apprendre “à quoi ressemble l’empathie”, ils la pratiquent activement dans un cadre sécurisé et structuré.
Fonctionnement concret des ateliers en milieu scolaire
Un programme type pourrait se dérouler ainsi :
Durée : 45 min à 1h par séance.
Fréquence : hebdomadaire, sur une année scolaire complète.
Public : de l’école primaire au lycée.
Méthodologie
Les séances reposent sur des exercices ludiques et accessibles, souvent inspirés de situations de la vie quotidienne ou d’images illustratives. Les élèves incarnent successivement tous les rôles :
La victime : apprendre à exprimer ses émotions et à identifier ses besoins.
L’agresseur : comprendre l’origine de ses comportements et développer l’autocontrôle.
Le témoin : développer la capacité à intervenir de manière constructive et empathique.
Ces exercices favorisent la prise de conscience des mécanismes émotionnels et relationnels qui sous-tendent les conflits.

Exemples d’exercices
La chaise chaude : un élève exprime une émotion face à une situation fictive, et le groupe réagit en cherchant à comprendre et reformuler ce qu’il ressent.
Le miroir émotionnel : deux élèves se font face, l’un reproduisant les gestes et expressions de l’autre pour développer l’empathie corporelle.
Scènes inversées : les élèves rejouent une scène où ils inversent les rôles (victime devient agresseur et vice-versa), ce qui renforce la compréhension mutuelle.
Témoignages et retours
Les enseignants ayant expérimenté ces ateliers rapportent :
Une amélioration notable du climat de classe.
Des élèves plus ouverts et coopératifs.
Une diminution des incidents verbaux et physiques.
Ces résultats confirment que le théâtre d’improvisation est plus qu’un jeu : il devient un outil d’éducation émotionnelle puissant et mesurable.
Résultats et impacts mesurables
Selon l’étude Aix-Marseille 2019 :
+35 % d’empathie dans le groupe expérimental après un an.
Réduction significative des incidents de violence observés par les enseignants.
Amélioration de la communication et de la coopération entre élèves.
Ces chiffres illustrent que le théâtre d’improvisation n’est pas seulement agréable à pratiquer, mais qu’il produit des résultats concrets et mesurables.
Analyse des mécanismes
Pourquoi ces exercices fonctionnent-ils ?
Expérience immersive : les élèves vivent réellement les émotions de leurs personnages.
Prise de conscience cognitive et émotionnelle : l’alternance des rôles permet de voir les situations sous différents angles.
Renforcement positif : les réussites dans les exercices augmentent la confiance en soi et la sécurité émotionnelle.
L’éducation émotionnelle à l'école par l'improvisation théâtrale n’est pas un simple divertissement : c’est un outil puissant d’éducation émotionnelle. Il permet aux élèves de développer confiance en soi, écoute, spontanéité et surtout empathie, tout en diminuant les comportements agressifs et en améliorant le climat scolaire.
En mettant en place des ateliers réguliers et structurés, les écoles peuvent offrir à leurs élèves bien plus qu’un apprentissage académique : elles leur donnent les clés pour mieux se connaître et mieux vivre ensemble.
Comme le souligne l’étude Aix-Marseille 2019, l’amélioration de l’empathie et la diminution de la violence ne sont pas des idéaux abstraits : elles sont mesurables et réalisables grâce à une approche pratique et scientifique comme le théâtre d’improvisation.
Références principales
Aix-Marseille Université, 2019. Violence interpersonnelle et empathie : prévention par une recherche-action en milieu scolaire.
OpinionWay, 2025. Sondage sur la violence scolaire.
Goleman, D., 1995. Emotional Intelligence. Bantam.
Durlak, J.A., Weissberg, R.P., et al., 2011. The impact of enhancing students’ social and emotional learning: A meta-analysis of school-based universal interventions. Child Development.
Kerr, B., et al., 2016. Drama-based interventions for social-emotional learning. Journal of Educational Psychology.
McDonald, K., et al., 2018. Theatre and empathy in schools: Evidence from randomized trials. Educational Research Review.






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